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Le livre numérique au secour de la lecture ?

by sur 22 septembre 2015

Diverses enquêtes le montrent, on lit de moins en moins de livres imprimés ! Selon un récent sondage Ipsos(1), chez nos voisins français, seuls trois personnes sur dix ont lu un livre ‘’papier’’ en 2014… les chiffres belges ne sont guère plus réjouissants puisque les ventes de livres imprimés ont baissé de 4,7% pour le marché national et même de 10,1% à l’exportation(2). En outre, si on lit moins, la diversité de nos lectures s’amenuise aussi, seuls les best-sellers des auteurs les plus populaires comme Harlan Coben ou Guillaume Musso continuent de se vendre à des tirages très importants nous apprend encore le sondage Ipsos évoqué plus haut(1) qui précise encore que de nombreux auteurs, pourtant reconnus, doivent se contenter de ventes de moins de 1000 exemplaires. En 2012, l’auteur Américain, détenteur de nombreux prix comme le Pulitzer (1998), le Prix Franz Kafka (2001) ou le Prix Médicis (2002), Philip Roth annonçait qu’il renonçait à l’écriture car il ne croyait plus en l’avenir de la littérature. Quelques mois plus tard il faisait même la terrible prédiction que ‘’dans trente ans, sinon avant, il y aura en Amérique autant de lecteurs de vraie littérature qu’il y a aujourd’hui de lecteurs de poésie en latin’’(3). Une prévision sinistre mais qui tend à se vérifier de plus en plus.

Et si c’était une simple question d’évolution ?

Mais la question de la lecture est-elle correctement posée ? En effet si les ventes de livres imprimés sont en baisse, celles des livres numériques décollent. Dans notre pays, le marché du livre numérique représente déjà près de 20% du marché global du livre. De nombreux lecteurs lisent tant en imprimé qu’en numérique mais, parmi ceux qui ne lisent que des livres traditionnels, 22% affirment qu’ils envisagent de passer au numérique prochainement(4). Comme l’écoute de la musique a évolué depuis l’époque dorée de la radio de salon jusqu’à Deezer et la musique en streaming, la lecture évolue également. Il n’y a aucune raison pour qu’elle ne prenne pas la direction du numérique, c’est une évolution logique et normale. Et à ceux qui font le lien direct entre la chute de la lecture et le format numérique, il convient de rappeler que les chiffres relatifs à la lecture et aux habitudes de lectures montrent un baisse régulière depuis… 1973, soit bien avant l’apparition du numérique. ‘’Notre rapport au livre est en train de changer’’ précise le sociologue Olivier Donnat, ‘’Il n’occupe plus la place centrale que nous lui accordions, la littérature se désacralise, même les élites s’en éloignent’’(5).

Le support numérique ne peut-il pas donner à la lecture le coup de boost dont elle a besoin ? La question mérite d’être posée. En effet, la génération des enfants de la télé s’est éloignée du livre imprimé mais la génération 2.0 pourrait y revenir. L’espoir est autorisé, il suffit de voir dans les transports en commun de villes comme Londres, New York ou même Paris le nombre de liseuses ou de smartphones ouverts sur des e-books qui fleurissent pendant les trajets.

Le déclin des libraires

Spécialiste des métiers du livre, la sémiologue Mariette Darrigrand pose le constat trop souvent oublié que Gustave Flaubert ne vendait pas plus que la majorité des auteurs de 21è siècle et que Friedrich Nietzche n’a vendu que 200 exemplaires de La Naissance de la Tragédie l’année de sa sortie… La lecture et, en corolaire, les ventes de livres ont connu leur apogée de l’aube du 20e siècle jusque dans les années septante avant de subir la forte concurrence d’autres pratiques culturelles comme le cinéma de masse ou la télévision familiale.

Il faut aussi tenir compte d’un autre paramètre important qui influe sur la vente des livres : les bouquinistes et les livres de seconde main. En effet, la crise économique a aussi poussé les lecteurs à privilégier les livres d’occasions et à s’approvisionner chez les bouquinistes, sur les brocantes voir via les sites internet de seconde main ou les prix sont parfois divisés par trois ou par quatre par rapport aux librairies ou aux grandes surfaces. Cela a aussi un impact sur la vente des livres neufs, d’autant qu’un livre revendu n’intervient jamais dans les classements de vente…

Par contre, la conséquence réelle de ce désamour pour le livre imprimé et de cet essor du livre numérique est la disparation de nombreuses librairies. Un dommage malheureusement collatéral des nouvelles habitudes de lectures…

——
(1) Le livre est-il en train de mourir ?, par Nori Meharar, on www.radins.com, 31 août 2015
(2) Le secteur du livre : chiffres-clés 2013, rapport de la CFWB, juin 2014
(3) Philip Roth : ‘’Je ne veux plus être esclave des exigences de la littérature’’, par Josyane Savigneau et Lazare Bitoun, on lemonde.fr, 14 février 2013.
(4) Le livre papier se vend moins mais le chiffre d’affaires des éditeurs belges reste stable, par Belga, on www.rtbf.be, 19 juin 2015
(5) Le lecteur, une espèce menacée ?, par Michel Abescat et Erwan Desplanques, on www.telerama.fr, le 24 août 2015

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